Conférence sur l’humanitaire à l’Athénée – rencontre avec M. Varrasse

Le mercredi 1er décembre dernier, les élèves du troisième degré de l’Athénée Royal Fernand Jacquemin de Comines ont rencontré Jacques Varrasse, responsable de la coopération internationale à la Mutualité chrétienne de Hainaut-Picardie. Spécialisé dans les questions de l’Afrique des grands lacs et du Proche Orient, ancien inetrvenant Croix Rouge de Belgique au Rwanda, ancien collaborateur au CNCD (Centre national de coopération au développement), il est également coordinateur de la plate-forme belgo-palestinienne pour le Hainaut occidental.

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du cours de morale laïque au cours duquel les élèves ont étudié le droit international. C’est suite aux questionnements des élèves sur l’organisation de camps de réfugiés, des dilemmes moraux que connaissent les travailleurs humanitaires, etc. que leur enseignante a décidé d’organiser cette rencontre.

« De quoi vivent les réfugiés ? » « De tout et de rien »

L’échange s’est développé autour d’une sélection de photos, prises pour la plupart par Jacques Varrasse. Les thèmes étaient : les guerres, les réfugiés, les murs, les barrières, les bombes et les destructions.

Il a aussi été question des causes et des conséquences des situations de conflits et de pauvreté. En deux heures, ce sont des thèmes aussi complexes que l’historique et l’état des lieux de la situation en Palestine, la dette du tiers monde, les ajustements structurels, l’essor de l’Occident, l’esclavage, la colonisation, les réfugiés, les milices, les enfants soldats, le SIDA, etc. qui ont été abordés.

Avec pour valeur ajoutée, ses anecdotes personnelles et des détails concrets généralement inconnus du grand public, en voici quelques unes que les élèves ont particulièrement retenu :

« Impossible d’aller en Palestine sans passer par Israël qui décide qui peut ou non passer et ce de manière arbitraire »

  • Les membres d’une association qui se rendent en Palestine pour un projet de coopération, ne peuvent donner la vraie raison de leur voyage. Ils s’ignorent dans l’avion et déclarent qu’ils viennent à titre privé pour faire du tourisme. Sans cela, ils n’auraient pas le droit de débarquer. C’est ce qui est arrivé à une personne du groupe de Jacques Varrasse :, qui pour éviter d’avoir un document avec la liste des partenaires palestiniens, le jette dans une poubelle à l’aéroport de Zaventem. A son arrivée à Tel Aviv, le document est là et il doit s’en justifier. Il est remis dans l’avion suivant : interdiction de territoire !

Lors d’une mission au Rwanda, M. Varrasse s’occupe de huit enfants atteints du Sida pour la Croix Rouge. Lorsqu’il demande des traitements antiviraux, on lui en propose un, à lui de faire un choix…Ce qu’il refuse de faire.

Ne dites pas « enfants soldats » mais « jeunes combattants »

Lors d’une campagne de réinsertion d’enfants soldats, on utilise l’expression « démobilisation de jeunes combattants », plus diplomatique. Selon Jacques Varrasse, c’est un gros défi car ce sont des jeunes désœuvrés, entraînés pour tuer, souvent drogués et qui ne connaissent pas la différence entre le bien et le mal, ce qui en fait des personnes très dangereuses. L’introduction des armes légères a fait exploser le phénomène des enfants soldats.

« Critiquer la politique d’Israël et l’armée israelienne, ce n’est pas de l’antisémitisme »

Militant dans l’âme, la Palestine, il connaît bien. Il s’y rend depuis 1971. Quant à la politique d’état d’Israël, elle est totalement injuste et irrespectueuse de toutes les lois morales et internationales. L’un des principaux problèmes reste la colonisation effrénée du territoire palestinien et la construction du mur illégal autour de la Cisjordanie. La population palestinienne est totalement à la merci de l’état d’Israël et à cause du veto américain au Conseil de sécurité de l’ONU, il n’y a pas d’intervention armée. Pour comparaison, lorsque L’Irak a envahi le Koweit, le Conseil de sécurité est directement intervenu. Selon Jacques Varrasse, l’inertie des Européens seraient en partie liée à une certaine culpabilité vis-à-vis du peuple juif à cause de l’Holocauste. Sur place, il se rend compte que l’on a jamais été aussi loin de la paix. Or, il reste persuadé qu’une paix est possible, il suffirait qu’un pays européen ait enfin le courage d’intervenir et les autres suivraient.

« La propriété intellectuelle : le prochain défi dans la lutte contre la pauvreté »

Jacques Varrasse a également attiré l’attention des élèves sur le prochain défi de lutte contre la pauvreté : la propriété intellectuelle. Celle-ci permet par exemple d’acheter les droits sur une technologie. Cela empêchera à coup sûr les pays pauvres de développer leur économie et le bien-être de sa population, même si la technologie en question a été initié chez eux, un riche acquisiteur du Nord en achète la propriété.

« J’espère que dans quelques années, c’est vous qui ferez le travail que je fais aujourd’hui »

Dès le lendemain, Jacques Varrasse se rendait en mission au Congo pour y installer des centres de soins. A trois mois de la pension, il a souhaité que la jeune génération continue à combattre l’injustice. Ce que lui continuera à faire en tant que bénévole.

Les élèves de toutes les sections, générales, techniques et professionnelles ont apprécié cette rencontre pleine d’humanité, de réflexion et d’action.

Une étape de plus dans la construction d’une conscience et d’une action citoyennes.